Errance

 

Le Chaudiron (88) – Les Voivres

(photo de Bernard Munier)

On tente une expérience. Une personne me donne accès à ses photos, me joins un poème et je dois écrire un billet pour son blog. 

Une grande dose de liberté, une touche de créativité, une pincée d’insomnie et en route pour l’errance.

Il est dans le Val de Vôge, une commune appelée Les Voivres. Ce n’est pas celle que je connais le plus dans ce coin-là. Les Voivres pour moi, c’est chez Rémy, c’est le site du Pont des Fées qui domine le canal de l’Est et le Côney, c’est l’étang Lallemand – inévitablement mon préféré dans la commune. C’est aussi tous ces noms « ….dici » et cette école qui résistait : je m’étais promis de la rejoindre quand je serais grande (je n’ai pas grandi assez vite, l’école a fermé) Pourtant, je sais très bien – Monsieur Fournier – que vous avez mis en œuvre votre super pouvoir pour la garder !

Les Voivres, je les connais mieux et les découvre chaque jour grâce à un site que Google m’a révélé aux dernières vacances scolaires alors que j’écrivais un billet sur l’étang Lallemand justement. Un site de mairie qui bouge, qui publie, qui est actif… comme toutes ces personnes qui habitent Les Voivres et qui ont décidé que leur village ne devait pas mourir. Chapeau bas, mesdames et messieurs !

Les Voivres, c’est le noyau et j’apprends qu’autour gravitent plein de hameaux un peu comme les électrons toujours en interaction les uns avec les autres. L’image n’est peut-être pas très judicieuse mais elle me plaît bien. Et là, dans un des ces hameaux, habite le modérateur du blog de la mairie : Bernard Munier qui m’a gentiment proposé d’écrire un article commun. Il a pris des photos, un jour où la lumière n’était pas à sa plus grande forme, me les a envoyées accompagnées d’un poème de Leconte de Lisle qui dépeint un paysage où règne un monde mort mais en émotion et en tourment.

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J’ai d’abord regardé les photos avant de lire les vers.

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Découvrir l’endroit, le lieu. Savoir où je vais.

et au bout du chemin, dis-moi?

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redressez-vous

J’ai imaginé cette ambiance qui finalement correspond bien au texte du poème.

Poème choisi par Bernard Munier

Paysage polaire

Un monde mort, immense écume de la mer,
Gouffre d’ombre stérile et de lueurs spectrales,
Jets de pics convulsifs étirés en spirales
Qui vont éperdument dans le brouillard amer.

Un ciel rugueux roulant par blocs, un âpre enfer
Où passent à plein vol les clameurs sépulcrales,
Les rires, les sanglots, les cris aigus, les râles
Qu’un vent sinistre arrache à son clairon de fer.

Sur les hauts caps branlants, rongés des flots voraces,
Se roidissent les Dieux brumeux des vieilles races,
Congelés dans leur rêve et leur lividité ;

Et les grands ours, blanchis par les neiges antiques,
Çà et là, balançant leurs cous épileptiques,
Ivres et monstrueux, bavent de volupté.

Charles Leconte de Lisle, Poèmes barbares

J’ai alors écrit

J’ai poussé la porte d’un monde que tu as quitté ; dans lequel mes repères ont disparu. Je ne sais pas où mes pas me mènent. Les couleurs qui, naguère, illuminaient la campagne se trouvent aujourd’hui ternies, délavées par mes larmes. Le ciel aussi ce matin est le reflet de mes yeux, gris et sans éclat. Aucune lumière pour me guider. Telle un naufragé solitaire, j’erre à la recherche du phare vers lequel je pourrais me diriger. Où es-tu ?

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Morne campagne, hostile et froide, tu m’es devenue étrangère alors que nous étions si proches. Je ne reconnais plus en toi la Terre nourricière, je ne sais plus nommer les arbres porteurs de fruits sucrés et délicieux de l’été. J’ai aimé marcher dans tes prés tôt le matin, donner le pain sec aux chevaux, j’ai apprécié le chemin qui monte à la chapelle et pourtant, je ne sais plus où poser mes pas. Qu’as-tu fait de moi ?

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 En me quittant, tu as emporté l’harmonie. Il ne reste plus que le noir et le terne. Qu’est devenue ma campagne avant si hospitalière ? Un monde sans vie, latent où la moindre chose s’est figée, en attente… Le calme et le silence sont devenus pesants, lourds.
lourds
Je voudrais crier pour briser cette ambiance, pour ranimer ce corps qui erre et que je ne contrôle plus. Des ombres me dépassent, es-tu parmi elles ? Je les suis, elles me guident. Triste cortège sur les chemins. De la vieille ruine à l’étang, elles me gouvernent.
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ruine

Déposant mon manteau perlé de gouttelettes de brume sur la berge, je me glisse dans les eaux froides et noires.

Troublante dérive !

Photos

Le Chaudiron un 20 décembre

Avec les photos de Bernard Munier

Tu peux retrouver cet article en cliquant là : 〉〉〉〉〉 Errance sur le blog de Les Voivres 〈〈〈〈〈

 

4 Commentaires

  1. Bonjour,
    Je suis content que vous ayez réussi à éditer l’article de votre côté.
    Il aurait été dommage de ne mettre qu’un lien
    Cordialement
    Bernard

    • Bonjour,
      Oui, j’ai donc modifié. J’avais opté pour le côté facilité en pointant votre site par un lien. Paresse matinale 🙂
      Merci
      Avec mes salutations.

  2. merci pour ce sublime poème qui me va droit au cœur et qui me fait revivre des souvenirs plus ou moins lourds; je vais écrire ces belles paroles dans mon cahier de poèmes . C’est un peu comme si l’on se connaissait .
    Avec toute ma sympathie.

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