L’enfant qui ne pleurait pas (Torey Hayden)

En juillet, j’ai animé le stage RAN à l’école, une semaine pour les élèves du cours moyen, une semaine supplémentaire pour des gamins déjà en difficultés tout au long de l’année scolaire. Ce fut assez éprouvant avec S. qui a eu un comportement très difficile, si étrange que je n’ai pas réussi à l’intégrer au groupe sur les 5 jours où les enfants m’étaient confiés. J’ai échoué et un sentiment amer subsiste encore aujourd’hui.

J’ai alors décidé de commencer mes vacances par la lecture de quelques livres de Torey Hayden qui partage son travail d’enseignante éducatrice dans une classe spécialisée pour enfants en souffrance, cette classe de « fous » comme ils se nomment, rejetés par la société et qui ne peuvent suivre une scolarité dans une classe « normale ». Je commence par lire L’enfant qui ne pleurait pas. Je le dévore. Je peste devant la cruauté que subit, au quotidien, la petite Sheila et qui lui donne des excès de rage et de colère, je pleure devant les sévices qu’elle endure et qu’elle affronte avec tant de courage, je suis joie devant tous les progrès qu’elle a réussi à accomplir en quelques mois, je redouble mes larmes au moment où elle va quitter la classe au mois de juin.

La fillette et « sa maîtresse » ont appris à se connaître. Je ne m’attendais pas à ce que le Petit Prince et le renard prennent une place importante dans ce récit pour décrire l’amitié qui naissait et qui a grandi entre la petite fille et Torey.

– Torey ?
– Oui ?
– Tu vas jamais me quitter, hein ?
J’écartai sa frange de son front.
– Un jour ou l’autre, il le faudra bien, j’imagine. Quand l’année scolaire sera finie, tu iras dans une autre classe, avec une autre institutrice. Mais pas avant, et il reste encore beaucoup de temps.
Elle bondit sur ses pieds.
– C’est toi, ma maîtresse. Je veux jamais en avoir une autre.
– Je suis ton institutrice pour le moment. Mais un jour, nous ne serons plus ensemble.
Elle secoua la tête ; son regard s’était assombri.
– Ici, c’est être ma classe. Et je veux y rester toujours.
– Ce n’est pas pour tout de suite, tu sais. Et quand le moment viendra, tu seras prête.
– Pas question. Tu m’apprivoises, tu être ‘sponsable de moi. Tu peux jamais me laisser, parce que tu être ‘sponsable de moi pour toujours. C’est ce qui est écrit, là*, et c’est ta faute si je être apprivoisée.

Torey venait de lire le Petit Prince à son élève, à sa princesse blonde, petite sauvageonne mais d’une intelligence remarquable.

Ce roman m’a véritablement bouleversée. Je ne suis pas sortie indemne de sa lecture. En me projetant dans l’univers de cette classe, je me suis remise en question souvent. Je me suis revue en classe à aimer mes élèves. En matière d’éducation scolaire, on nous met en garde souvent contre trop s’investir affectivement. Je ne peux pas enseigner correctement si je ne m’implique pas à fond. Que d’émotions et de douleurs au fil des pages devant la force et le courage de cette gamine détruite par la vie à l’âge de 6 ans mais aussi devant le savoir-faire et la patience de son éducatrice. Passion, amour, amitié.

petit prince et renard apprivoisé

Comme dans l’histoire, quand le Petit Prince part après avoir apprivoisé le renard, en fait il restera toujours avec le renard, car chaque fois que le renard verra un un champs de blé, il pensera au petit prince. Il se rappellera combien le petit prince l’aimait. Ce sera la même chose pour nous. Nous nous aimerons toujours. C’est plus facile de se séparer ainsi, car chaque fois que l’on se souvient que quelqu’un nous aime, on ressent un peu de son amour.

comme les gamins, je griffonne sur ma peau

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4 Commentaires

  1. J’ai donné le dessin du Petit Prince avec son ami le renard hier au service cardiologie
    Tu m’apprivoises, tu être ‘sponsable de moi.

  2. Tu connais la chanson de Sinsémilia « Tout le bonheur du monde » ?
    Cette chanson si entraînante, si joyeuse, hier en l’écoutant j’ai pleuré, pleuré en pensant à mes filles, à ce monde qu’on livre à nos enfants, l’état dans lequel il est. Pleuré en pensant à ces pseudos-êtres humains qui n’ont aucun respect pour la vie. Mais aussi en pensant à tous ceux qui pourraient leur faire du mal, comme, je me doute, il a été fait à Sheila.
    J’essaie de protéger les miennes de toutes mes forces, même si je sais qu’il me faudra les laisser s’envoler, tomber et se relever seules.
    Tu as la lourde tache d’en accompagner d’autres, de leur donner des armes et je sais que tu le fais de tout ton coeur, rien que pour ça, MERCI !

    • Merci ma drinette. J’essaie du mieux que je peux. Je me donne à fond pour ces gamins qui me sont confiés. Je peste parfois devant les échecs mais heureusement ils apportent tant de joie.
      Je connais cette chanson. Oui.
      Tu ne peux imaginer les pleurs qui ont accompagné la lecture de ce livre basée sur une histoire vraie. Sheila s’en serait sortie dans la vie, elle travaillerait dans la restauration dit Torey Hayden dans son blog
      Que sont-ils devenus?
      Ce livre m’a marqué. J’ai vraiment été ébranlée. Si tu en as l’occasion, essaie de te le procurer.
      Bisous ma belle <3

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