Quand le soleil au soir se couche

Premier dimanche d’automne sous le soleil. Un soleil grand et fort qui dure jusqu’au soir. Une journée calme et reposante, hormis un rendez-vous manqué pour cause de sommeil trop lourd qui a laissé, quelques instants, un goût amer dans la bouche.

 

 

 

 

 

Tâches en attente se trouvant terminées, au soleil couchant, aller marcher au bout du champ et admirer la descente de l’astre du jour vers l’horizon alors qu’il rougit le ciel et fait exploser les contrastes.

 

 

 

 

Prière du soir

Je suis un homme usé par les travaux des champs,

Je porte sur mon front la fatigue des ans,

Mon pas s’apesantit, je vais courbant l’échine

Et je sens bien qu’en moi, quelque chose décline.

Mes mains, dans leur rudesse, ont tellement serré

Le manche des outils, des faux, de la charrue,

Et puis j’ai tant peiné, tellement labouré

Qu’au travail, aujourd’hui, mon ardeur diminue.

Car je les ai connus dès l’âge de douze ans,

Ces efforts continus, ces durs travaux des champs

Dans lesquels on se donne avec toute son âme

Car j’aime mon terroir comme on aime une femme.

Oui, mais j’ai toujours su contempler la beauté

Qui rayonne partout au pays de Comté.

Aurait-on jamais vu le blé sans l’alouette

Dont le chant rayonnant met le ciel tout en fête?

Ou rester insensible à ces soleils couchants

Dont la lumière rose illumine les champs?

Ou ne pas s’émouvoir quand le ciel se colore

Et s’élargit, joyeux, aux rayons de l’aurore?

Aussi, quand vient le soir, avant d’aller dormir,

J’aime quelques instants, sans bruit me recueillir

Car j’ai, depuis longtemps, pris la douce habitude

De m’asseoir et penser, cherchant la solitude.

Sur la table de rouvre, où dort un papier blanc,

Je rature et j’écris un poème exaltant.

C’est ma prière à moi de chercher une rime

Ou le mot qui convient et le sens qu’il exprime.

Et lorsque j’ai trouvé, c’est le ravissement,

Je vois comme en rêvant, s’allonger sûrement

Le poème nouveau qu’allume l’étincelle

Du feu qui couve en moi, brûle, se renouvelle ;

J’entends le rythme doux, la musique des mots,

La cadence des vers bercés comme des flots.

Je sens monter, joyeuse, une force nouvelle,

Un monde de bonheur et de chants rayonnants ;

Je sais, vieil homme usé par les travaux des champs

Que mon âme a gardé sa jeunesse éternelle !

Emile Raguin – Les sillons et les glèbes

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4 Commentaires

  1. Très belle la troisième photo. Je ne connaissais pas ce poète

    • J’avais répondu depuis mon téléphone mais je me rends compte que ça n’a pas fonctionné!!
      Hum…
      Je disais donc que Mr Raguin était un paysan, écrivain autodidacte. Ce grand-père savait aussi conter les légendes de notre belle région. Il était passionnant.
      J’ai quelques uns de ses ouvrages. Si tu veux, je te les prêterai.

  2. Je veux bien. Merci.

    • Ok
      Tu vas lire de jolies choses, simples comme savais les décrire Emile Raguin. Poèmes ou légendes, rimes ou prose. Sa terre comtoise était son inspiration.

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